Tu as été le premier français à remporter le DMC World DJ en 2006 ! Tu l'expliques comment ?
Que je sois le premier français, je n'ai pas spécialement d'explications mais le fait que j'ai gagné cette année là, je pense que ce qui a fait la différence, c'est l'originalité. Les sons de mon show ont été entièrement produits, j'ai travaillé avec LEJAD pour créer les beats et les bank sonores. C'était la premier fois qu'un show dmc était réalisé comme ça, produit de A à Z. C'est une approche différente, au lieu de chercher des disques à manipuler, on a créé la matière sonore nous même, pour ensuite la manipuler aux platines. De cette manière, j'ai pensé tout le show partie par partie, ça n'a pas été facile car ça donne un aspect de plus au travail. Il y a aussi le choix musical qui a fait la différence, je pense, c'était volontairement violent, une espèce d'hybride hip hop/ techno/ aux sonorités hardcores.. Le truc, c'est qu'il fallait tenter quelque chose de nouveau, c'était risqué mais ça ne ressemblait à rien d'autre.. Pour gagner un dmc, il ne suffit pas d'être bon techniquement, il faut essayer d'amener quelque chose. Il y a aussi le fait que j'ai travaillé mon show de manière à ce qu'il ne cesse de monter en intensité. J'ai parfois privilégié les phases qui servaient le plus l'ensemble du show, aux dépends de prouesses techniques pures. Quand tu construis un show, tu cherches différentes phases; une fois que tu as toutes tes phases, il faut les assembler pour construire un peu comme un morceau et c'est là où beaucoup se jouent je pense.. J'essaye de garder l'essentiel et une certaine cohérence..



"La platine est un instrument de musique, il n'y a pas de raison qu'elle ne soit pas exploitée dans plusieurs genres.“




Ca t'a fait quoi de remporter la catégorie qui avait été remporté avant toi par Mix Master Mike (DJ des Beastie Boys), Craze, Q-Bert… tous les plus grands DJs " techniques" au monde ! Qu'est ce que cette récompense t'a apporté ?
C'était un objectif, j'avais déjà remporté les battle 1 contre 1 en 2001 et 2002 et l'envie de tenter l'individuel m'était toujours restée. Comme tu l'as dit, beaucoup de légendes l'ont gagné et c'est la catégorie maîtresse aux dmc. De plus, c'était un sacré challenge de revenir après 4 ans d'absence dans les compèt. Donc, ça a été un gros kiff de gagner. En terme de crédibilité pour un dj "technique", ça apporte un plus ; tu vois comme je te disais, j'avais déjà été 2 fois champion du monde dans une autre catégorie mais les choses n'avaient pas vraiment décollé par la suite. Après ma victoire en 2006, j'ai eu beaucoup plus de retombés. Ca a fait parler de moi et j'ai eu plus de plans médias, j ai trouvé un tourneur, donc plus de dates etc....


DJ NETIK @ DMC




Tu te définis comme un turntablist ou comme DJ ?
Les 2, depuis mes débuts, j ai toujours pratiqué le mix ainsi que le scratch. Evidement, le turntablism a souvent pris le dessus dans mon investissement mais mixer en soirées est aussi un kiff et je mélange les 2. Intégrer un peu de technique dans mon mix rend mes sets plus énergiques et quand les gens sont bien chauds, je peux faire mes show dmc pour leur montrer quelque chose d'un peu plus personnel. Ca passe généralement mieux que de leur balancer ça à froid. Ton style est très éclectique, avec des influences électro, drum'n'bass, jazz, etc..



Elle est finie cette époque, à l'image de Kentaro, où le turntablism était étroitement lié à la musique hip hop ?
En effet, les turntablists s'ouvrent de plus en plus à d'autres genres musicaux. Le scratch est né dans la culture hip hop et c'est clair que ça a toujours été lié à cette musique ; en même temps en regardant bien l'histoire du dmc, on se rend compte quand même qu'il y a toujours eu d'autres genres exploités, dans une moindre mesure. Il y a toujours eu une ouverture d'esprit. Aujourd'hui, ça s'ouvre de plus en plus et tant mieux, le turntablism, c'est quand même relativement nouveau, il y a un tas de trucs à faire. La platine est un instrument de musique, il n'y a pas de raison qu'elle ne soit pas exploitée dans plusieurs genres.


Tu es originaire de Rennes, Que penses tu des Transmusicales où tu as joué plusieurs fois ?
Les Trans, je pense que c'est un des rares festivals en France qui a une programmation culottée. A ma connaissance en tous cas. Chaque année, je regarde la programmation et je connais pas le tiers des artistes. Du coup, tu peux avoir de bonnes surprises. J'y ai joué quasiment tous les ans pendant un bout de temps et j'en garde de très bons souvenirs. C'est là que j'ai fait mes premières grosses scènes et surtout j'y ai fait de pures rencontres. En 98, c'est aux Trans que j'ai rencontré Cameron de "Arling et Cameron" , un duo electro- pop hollandais, avec qui, par la suite, j'ai rencontré le groupe de jazz, Electric Barabarian avec qui j'ai joué pendant 2 ans. J'ai aussi rencontré Pat Panik en partant faire les Trans à l'Ile de la Réunion, alors que nous étions de la même ville lol. Les Trans ont vraiment eu une importance dans mon parcours...




Tu as joué avec le dj Pat Panik, avec le jazzman, Erik Truffaz, etc.. Que t'apportent ces collaborations avec des artistes d'horizons différents ?
Avec Pat Panik, on a tourné ensemble pendant presque 3 ans, ça m'a fait découvrir l'univers de la drum, de l'electro et en même temps, ça m'a appris plein de trucs sur le rôle d'un dj. Ca m'a montré une autre façon d'envisager le deejaying. On préparait beaucoup de trucs mais on pouvait breaker d'un coup en mettant un gros morceau de rock ou de hip hop en plein set drum'n'bass. C'est tout à fait le genre de truc que j'envisageais pas avant, lol. J'étais plus du genre à tout préparer au millimètre. Ca m'a appris à laisser plus de place à l'impro et à suivre le dance floor.. Avec Eric truffaz ou mon groupe de jazz hollandais, j'ai laissé un peu de coté tous les schémas binaires que j'avais, pour me laisser aller à un autre genre d'improvisation, plus expérimentale, juste suivre la musique même quand c'était des schémas rythmiques que je ne maîtrisais pas du tout… du 5/4 par exemple. Ce qui était génial, c'était d'être un instrumentiste dans le groupe ...J'étais pas là, juste pour faire le p'ti solo de scratch et puis basta. Il y avait un vrai échange entre tout le monde. Avec des musiciens comme eux, tout se passe au feeling, les morceaux ont une grande ligne, un thème, et pour le reste, c'est que de l'impro, du coup ça se joue dans le regard pour savoir quand c'est ton tour de prendre la place du soliste ou de revenir à ton riff. C'est vraiment cool de pouvoir jouer comme ça, c'est libérateur. J'aime bien échanger avec d'autres artistes, même de genres différents, c'est comme ça qu'on évolue, je pense.


merci à Karine

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